Claudine Junien

Généticienne, membre de l'Académie Nationale de Médecine

génétique genre épigénétique sexe

Biographie

Claudine Junien est Professeur émérite de génétique médicale. Elle a créé et dirigé l'unité de recherche INSERM « Génétique, chromosome et cancer » à l’hôpital Necker à Paris. Elle a fondé et présidé la « Société Francophone pour la recherche et l'éducation sur les Origines Développementales, Environnementales et Epigénétiques de la Santé et des Maladies (SF-DOHaD) ». Elle est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. L’objectif de ses travaux de recherche est d’élucider comment les processus épigénétiques retiennent la mémoire d’impacts environnemenatux précoces d’une manière spécifique du sexe du parent et de la progéniture. Elle anime les travaux d’un groupe mixte (Académie de Médecine et Académie des Sciences) de réflexion sur les différences entre les sexes du point de vue de la santé. Elle a publié plusieurs centaines d’articles scientifiques, et participé à de nombreux ouvrages. Membre de la DOHaD internationale, la fondation pour la recherche cardiovasculaire (Coeur de Femme), l’OSSD (Organisation for thé Study of Sex differences), et EUGenMED (European Gender Medecine), elle est également Chevalier de l’ordre du Mérite et de la Légion d’Honneur.

Inviter ce Brainer

Conférences

Ces conférences peuvent être réalisées en Français, soit sur place, soit par visioconférence.

Plaidoyer pour la prévention : le nouveau paradigme des origines développementales de la santé

L’espérance de vie ne cesse d’augmenter mais face à l’explosion des maladies chroniques - selon l’OMS plus de 17% pour la prochaine décennie - cette embellie risque d’être de courte durée et de grever considérablement les budgets de santé. Un changement de paradigme s’impose pour passer du traitement, trop tardif et souvent peu actif, à la prévention. Selon le nouveau concept des origines développementales de la santé et des maladies (DOHaD), des modifications épigénétiques retiennent la mémoire de l’impact des facteurs environnementaux et des déterminants sociaux de la santé. Une période cruciale, les 1000 jours, est celle du développement précoce, pré- et postnatal pendant laquelle l’individu construit son capital santé pour répondre ultérieurement, plus ou moins bien, aux aléas de la vie. L’épigénome y est particulièrement sensible aux effets de l’environnement. Le défi pour la recherche est de déchiffrer comment les facteurs conférant une susceptibilité accrue ou une résilience vis-à-vis du développement de certaines maladies chroniques influencent les mécanismes épigénétiques. Le défi pour les responsables de la santé est de traduire en actions et en bénéfices pour la santé ces découvertes scientifiques pour enrayer les effets des facteurs environnementaux. Ces données risquent de déplacer le curseur des responsabilités en termes de santé, de la sphère privée vers la sphère socio-géographico-politique.

Partager :

Les effets transgénérationnels : l’épigénétique peut-elle tout expliquer ?

L’existence de mécanismes non génétiques, non culturels, assurant le transfert de la mémoire de l’exposition des parents à divers environnements, est largement reconnue grâce à des études épidémiologiques chez l’Homme et à des expérimentations chez l’animal. Les influences des facteurs environnementaux – nutrition, stress, facteurs psycho-affectifs, toxiques, bactéries, exercice physique - sur les processus épigénétiques représentent une révolution. Après la fécondation, les marques épigénétiques des génomes maternel et paternel doivent être effacées pour permettre l’acquisition de nouvelles marques épigénétiques totipotentes capables de générer tous les types cellulaires au cours du développement. Cependant il apparaît que certains gènes, certaines séquences pourraient être réfractaires à la reprogrammation. Pourtant, des questions fondamentales demeurent quant à la nature, aux rôles, à l’impact respectif de ces mécanismes et à leur persistance au fil des générations, Idéalement, avant de conclure à la nature épigénétique de ces effets/réponses, et en raison des relations entre génétique et épigénétique, il faudrait exclure d’autres mécanismes, comme une mutation, ou des prions. Si la mémoire de l’exposition à des facteurs environnementaux est effectivement transmissible, le principal défi pour l’individu, et surtout pour les pouvoirs publics, est de pouvoir éviter ceux qui présenteraient des risques pour la descendance.

Partager :

L’égalité des sexes à l’ère de l’épigénétique

Il ne se passe pas un jour sans que les « études de genre » ne fassent l’objet de débats ou que la question de la parité ne soit abordée. Notre corps, celui que nous habitons en tant qu’homme ou en tant que femme, reste étrangement le grand oublié de cet ardent débat. En effet certaines maladies touchent majoritairement les femmes et d’autres les hommes. Les différences liées au sexe (DLS), ont des bases génétiques, épigénétiques à l’interface entre les gènes et l’environnement, et, hormonales. De plus, le formatage socio-culturel spécifique du genre influence le biologique grâce à l’épigénétique, et le biologique influence le social, dissolvant les frontières entre le genre et le sexe tout en soulignant leurs complémentarités. Or les femmes sont sous-représentées dans les essais cliniques et les femelles parfois absentes des études sur l’animal ; avec, pour conséquence, des diagnostics et des traitements moins bien adaptés et 2 fois plus d’accidents secondaires chez les femmes. Loin de la complexité biologique sous-jacente, les stéréotypes de genre martèlent des différences homme/femme souvent scientifiquement infondées et sur un mode généralement binaire et caricatural. Pourquoi une telle disparité, une telle injustice, un tel décalage entre la connaissance et la pratique ? C’est donc bien l’ignorance, voire le déni, des DLS qui sont à l’origine de cette inégalité et non les DLS elles-mêmes. Ce n’est pas en les occultant que l’on supprimera ces discriminations dans le domaine de la santé.

Partager :